Ces cinq situations sont composites — elles s'inspirent de cas réels observés dans des PME et ETI françaises, recomposés pour protéger la confidentialité. Elles ont toutes un point commun : elles auraient pu être évitées, ou considérablement atténuées, par une gouvernance SI en place. Ce ne sont pas des cas exceptionnels. Ce sont des cas représentatifs.
La panne critique un vendredi soir
Une PME industrielle de 120 salariés. Serveur ERP en production depuis 8 ans, sans redondance, sans PRA documenté. Un vendredi à 18h30, le disque principal tombe. Le lundi matin, 40 techniciens et commerciaux ne peuvent pas travailler. 72 heures d'arrêt partiel, 180 000 € de perte de production directe. Sans compter le prestataire informatique appelé en urgence, facturé en astreinte, qui n'avait jamais documenté l'architecture.
Le ransomware qui aurait pu être évité
ETI de services, 200 salariés. Un collaborateur clique sur un lien dans un email. En 4 heures, 80% des fichiers partagés sont chiffrés. L'entreprise n'avait pas de sauvegardes offline testées, pas de segmentation réseau, pas de PSSI. La rançon demandée : 85 000 €. L'entreprise a payé. Puis a découvert que certaines données avaient quand même été exfiltrées avant le chiffrement.
L'ERP à 400 000 € abandonné
PME de distribution, 150 salariés. Projet ERP lancé après une présentation convaincante d'un éditeur. Contrat signé. 18 mois plus tard : le projet est à 60% de réalisation, les délais ont triplé, le périmètre a dérivé, les équipes sont épuisées. La DAF réalise que le ROI initial n'a jamais été sérieusement calculé. Le projet est finalement abandonné. Coût total : 380 000 €, dont 40% de frais de consultants non pilotés.
La migration cloud qui a bloqué la production
Entreprise de services RH, 90 salariés. Sur recommandation d'un prestataire, migration de l'infrastructure on-premise vers un cloud public, réalisée en 6 semaines. Résultat : latence applicative multipliée par 4, incompatibilité avec le logiciel métier (non testé en préproduction), montée en charge impossible pendant les pics. Retour arrière partiel décidé 3 mois après, à coût équivalent à la migration initiale.
L'amende RGPD non anticipée
Cabinet de conseil en recrutement, 75 salariés. Suite à une plainte d'un candidat, la CNIL diligente un contrôle. Résultat : pas de registre des traitements à jour, pas de politique de conservation des données candidats, pas de DPO désigné alors que l'activité l'exigeait, sous-traitants non encadrés par des DPA. Mise en demeure avec délai de mise en conformité de 3 mois. Coût de mise en conformité urgente : 45 000 €. La mise en demeure n'a pas conduit à une amende — mais le risque résiduel reste présent.
Conclusion
Ces cinq crises ont un dénominateur commun : elles auraient pu être anticipées. Non pas parce qu'elles étaient imprévisibles, mais parce qu'une gouvernance SI structurée les rend visibles avant qu'elles surviennent.
Un DSI à temps partagé n'est pas là pour éteindre les incendies. Il est là pour éviter qu'ils se déclarent. La différence entre une PME qui subit ses systèmes d'information et une PME qui les pilote, c'est précisément cette anticipation — et elle a un prix bien inférieur à celui d'une crise.